Le cannabis et la douleur chronique

Kim UFCM Articles février 16, 2021

LA DOULEUR CHRONIQUE, ET S’IL EXISTAIT D’AUTRES SOLUTIONS ?

L’étude des plantes aux propriétés analgésiques a permis la découverte de chaque système de douleur et ces mêmes plantes servent aujourd’hui à la composition de nos médicaments.
 

QUELLE DOULEUR J’AI?

Selon la définition officielle de l’association Internationale d’Étude de la Douleur (IASP), « la douleur est une sensation et une expérience émotionnelle désagréable en réponse à une atteinte tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en ces termes».
On distingue trois types de douleurs chroniques :
  • Celles d’origines inflammatoires, dues à une stimulation persistante et excessive des nocicepteurs (récepteurs sensoriels de la douleur).
  • Celles d’origines nerveuses appelées douleurs neuropathiques comme la sclérose en plaques, les hernies discales, etc.
  • Les douleurs cancéreuses qui associent généralement les deux, inflammatoires et neuropathiques.
La douleur chronique est considérée comme une maladie, on l’appelle aussi douleur pathologique. C’est lorsque le corps envoie des signaux de douleur au cerveau de façon continue et répétée. On diagnostique une douleur chronique lorsque celle-ci dépasse les 12 semaines. Elle est à la fois une charge psychologique et physique pour la personne atteinte et n’a de cesse d’avoir des conséquences négatives sur la santé : fatigue, insomnie, tension nerveuse, dépression, mobilité réduite, etc.
 
La douleur chronique représente un problème de santé publique qui touche une part importante de la population. Selon un rapport publié en 2011 par la Global Industry Analysts, plus de 1,5 milliard de personnes seraient touchées au travers le monde.
 

LES SOLUTIONS ACTUELLES PAS TOUJOURS SATISFAISANTES

 
Pour soulager leurs douleurs, les patients ont à leur disposition une panoplie d’antalgiques, d’opiacés et d’antidépresseurs disponibles pour la plupart sur ordonnance. Malheureusement, ces traitements ne suffisent pas à répondre aux besoins de tous. Ils sont même à l’origine de nombreuses complications dues aux effets secondaires dangereux liés à leurs prises : accoutumance, dépendance, dépression respiratoire, etc.
 
Certains patients souffrent de douleurs chroniques dites « rebelles » qui se définissent par une persistance des crises malgré un traitement bien conduit. Une fois la panoplie pharmacologique épuisée il existe, en médecine traditionnelle, peu d’alternatives possibles laissant ainsi de nombreuses personnes in fine sans solution.
 
Bien que la médecine se soit ouverte à des alternatives comme l’hypnose, l’acupuncture ou encore les massages thérapeutiques, elle doit continuer d’élargir son champ d’application pour apporter les meilleurs traitements à ses patients.
 
 

UNE COMPRÉHENSION DE LA DOULEUR QUI NOUS VIENT DES PLANTES

 
L’étude des plantes aux propriétés analgésiques a permis la découverte de chaque système de douleur et ces mêmes plantes servent aujourd’hui à la composition de nos médicaments.
 
 

LE PAVOT CONTRE LA DOULEUR

Par exemple, les récepteurs morphiniques ont été découverts grâce au pavot (Papaver somniferum). Cette plante a révolutionné la lutte contre les douleurs les plus fortes. Elle a été transformée pour figurer dans notre pharmacopée sous plusieurs noms, notamment la morphine et la codéine pour ne citer qu’eux.

MAIS AUSSI LES PIMENTS

Un autre exemple est celui de l’utilisation de la capsaïcine présente dans les piments. Grâce à elle nous avons fait la découverte des récepteurs TRVP1 qui interviennent dans les mécanismes nociceptifs de notre organisme. Ces récepteurs sont activés par des molécules de la famille des vanilloïdes telle que la capsaïcine, souvent présentée sous forme de crèmes à appliquer.

ET LE SAULE

On doit également la découverte de l’aspirine au saule (Salix). Son utilisation était déjà ventée par Hippocrate au IVe siècle av. J.-C.. Ce médecin grec à qui l’on doit le texte fondateur de la déontologie médicale en Occident aurait laissé des traces sur les traitements qu’il utilisait pour soulager les douleurs et la fièvre. Ses méthodes comprenaient déjà à l’époque l’utilisation de poudre d’écorces et de feuilles de saule qui contiennent de l’acide salicylique grâce auquel on obtient l’acide acétylsalicylique plus connu sous le nom d’aspirine.

ET QU’EN EST-IL DU CHANVRE?

Quand est-il de l’investigation sur le chanvre (Cannabis sativa L.) ? Depuis le début des années 90, cette plante nous a ouvert un champ de possibilités nouveau grâce à la découverte du système endocannabinoïde et de ses récepteurs présents dans notre organisme. On sait depuis lors que notre corps produit des endocannabinoïdes et que le Cannabis sativa L. produit des cannabinoïdes exogènes (ou phytocannabinoïdes) qui ont la capacité de se fixer à nos récepteurs et d’interagir avec ce système. Les plus connus sont le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Ce dernier est principalement étudié pour son action thérapeutique et a démontré à de nombreuses reprises ses propriétés analgésiques et anti-inflammatoires.
 
L’entrée des cannabinoïdes dans la pharmacopée pourrait étendre notre compréhension et offrir une nouvelle approche à la question de la gestion de la douleur chronique en agissant sur un tout autre système que celui des récepteurs opiacés.
 
 

LES EFFETS ANTI DOULEURS DES CANNABINOÏDES

Le récepteur CB1 est le récepteur endocannabinoïde le plus représenté dans l’organisme avec une prédilection particulière pour les zones nociceptives du système nerveux central, de la moelle épinière et du système nerveux périphérique. Le récepteur CB2 quant à lui, bien que confiné aux tissus lymphoïdes et immunitaires, s’avère également être un médiateur important pour la suppression de la douleur et des processus inflammatoire.
 
Ethan B Russo, une figure incontournable de la recherche sur les différents composants du Cannabis sativa L., a rédigé un article publié en 2008 ou il évalue la qualité des cannabinoïdes pour soulager les douleurs chroniques. L’examen a porté sur des essais cliniques randomisés menés entre la fin des années 80 et l’année 2007. L’article conclut que le CBD est efficace dans la gestion globale de la douleur sans effet secondaire indésirable. On note également que le CBD est bénéfique dans le traitement de l’insomnie liée à ces douleurs et que son utilisation apparaît comme particulièrement efficace chez les personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP).
C’est ce que confirme une étude clinique publiée en 2016 sur l’impact du Sativex sur les douleurs neuropathiques. Cette dernière a montré que ce médicament à base de cannabis contribuait à réduire les douleurs chez les patients atteints de sclérose en plaques.
 
Aussi, depuis 2015 l’Italie a autorisé l’utilisation médicale de cannabis pour certaines conditions notamment pour le traitement d’un large éventail de douleurs chroniques. Deux ans plus tard en 2017, des chercheurs italiens publient une analyse rétrospective de l’action des cannabinoïdes sur les douleurs chroniques à spectre large et concluent que le cannabis est un traitement efficace.
 
 

UNE ALTERNATIVE PLUS SÛRE CONTRE LA DOULEUR

 
Et si l’alternative que proposaient les cannabinoïdes était plus sûre que les traitements qu’on connaît aujourd’hui ?
 
D’après le tout premier rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) publié en décembre 2017 sur le statut du cannabidiol (CBD), aucun cas d’abus, d’accoutumance, de dépendance, de problème de santé publique ni de décès n’a été rapporté dans l’histoire connue de l’utilisation du CBD.
 
Toujours selon ce même rapport, la molécule est considérée comme “généralement bien toléré avec un bon profil de sécurité”. Concernant les effets secondaires indésirables, “ils peuvent être le résultat d’interactions médicamenteuses”. En effet, l’absorption de CBD par le foie inhibe l’activité de deux enzymes responsables de la dégradation des médicaments. De nombreux retours d’expérience témoignent de l’importance d’espacer la prise des cannabinoïdes avec celle des médicaments d’au moins 2 heures afin d‘éviter au maximum ces interactions.
 
Vous l’aurez compris, le CBD semble n’avoir rien à envier aux opioïdes pour lesquels la liste des effets secondaires indésirables est longue et parfois même dangereuse. Une étude de 2017 a montré par exemple que les patients traités pour des douleurs chroniques avaient un risque de dépression moins élevé avec un traitement au cannabis qu’avec un traitement aux opioïdes.
L’utilisation des cannabinoïdes dans le traitement de la douleur permettrait également de réduire de manière significative la consommation d’opioïdes sur ordonnance et d’améliorer la qualité de vie des patients. C’est ce que révèlent deux études cliniques, l’une publiée en 2016 et l’autre en 2017.
 
À l’heure actuelle, le CBD n’est pas un médicament et des études cliniques de grande envergure doivent être financées et menées pour prouver les réels bénéfices des cannabinoïdes sur les douleurs chroniques.
 
@Article écrit par Kim Bercet, responsable communications.
 
SOURCES
 

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