Cannabinoïdes et cancers, état des connaissances scientifiques

Kim UFCM Articles février 16, 2021

Cannabinoïdes et cancers, ou en est la recherche?

Cet article s’appuie en majeure partie sur l’ouvrage du Dr Franjo Grotenhermen qui traite du cannabis contre le cancer.
Ce livre a été traduit et publié en 2017 et regroupe l’état actuel des connaissances scientifiques sur le potentiel thérapeutique des cannabinoïdes sur les différents types de cancers.
Notons qu’il existe encore de nombreuses questions scientifiques ouvertes et pas d’essais cliniques probants. C’est pourquoi nous allons prendre le temps d’un article pour déblayer un peu le terrain de ce que la science sait et ne sait pas.
Cannabinnoïdes contre cancer

Cannabis contre cancer. Livre publié par Franjo Grotenhermen en 2017.

QUEL POTENTIEL THÉRAPEUTIQUE PEUVENT AVOIR LES CANNABINOÏDES ?

On isole pour la première fois que le THC (tétrahydrocannabinol) en 1975. On dit alors que cette molécule aurait la capacité de freiner le développement du cancer. Mais il faudra attendre une étude réalisée en 1996, par l’Institut national des sciences de la santé environnementale en Caroline du Nord (USA), pour s’intéresser davantage aux éventuelles propriétés anti cancérigènes de cette molécule. C’est en voulant mesurer la cancérogénicité du THC sur le modèle murin, que les chercheurs ont remarqué que la molécule semblait réduire le risque de cancer et augmentait considérablement leur durée de vie.
Au terme de deux années d’études, 46 % des rats qui n’avaient pas reçu le traitement au THC ont survécu contre 74 % pour ceux qui avaient reçu des doses de THC.
On a également remarqué un autre fait intéressant, celui de l’effet biphasique des cannabinoïdes. Plus la dose de THC administrée aux rats était importante, moins leur chance de survie était élevée ; 68 % pour ceux qui ont reçu 15 mg de THC 5 fois par semaine et 66 % pour ceux qui ont reçu 50 mg de THC 5 fois par semaine.

COMMENT LES CANNABINOÏDES INFLUENCENT-ILS LE CORPS ?

Les phyto cannabinoïdes, comme le cannabidiol (CBD) ou le THC, agissent sur le corps comme des substances corporelles que l’on appelle endocannabinoïdes. Elles exercent une multitude de fonctions sur l’organisme.

UN NOUVEAU SYSTÈME DÉCOUVERT DANS LES ANNÉES 90 NOUS AIDE À COMPRENDRE

Les endocannabinoïdes, les enzymes et les récepteurs cannabinoïdes, forment le système endocannabinoïde, découvert dans les années 90 par le célèbre Raphaël Méchoulam. Les endocannabinoïdes affectent les substances messagères comme le GABA, la glycine, la noradrénaline, la sérotonine, la dopamine, l’acétylcholine et les neuropeptides (enképhalines, endorphines). De nombreux effets thérapeutiques du cannabis s’expliquent par ces interactions avec ces substances messagères. Dans le cas des cancers par exemple, l’inhibition de la sérotonine réduirait les nausées et les vomissements.  Nous pouvons être sujet à une carence en endocannabinoïde et c’est là que les phytocannabinoïdes des pourraient jouer un rôle.

LES EFFETS DES CANNABINOÏDES SUR LES SYMPTÔMES

Une enquête publiée en 2018 par un autre groupe de chercheurs israéliens, a analysé les données de 2 970 patients cancéreux traités avec du cannabis médical entre 2015 et 2017. Les auteurs ont conclu que le cannabis « en tant que traitement palliatif pour les patients atteints de cancers semble être une option bien tolérée, efficace et sûre pour aider les patients à faire face aux symptômes liés à la malignité ».
Selon une autre enquête israélienne; réalisée en 2015, l’utilisation du cannabis médical est perçue comme « hautement efficace » par les patients adultes atteints de cancers à un stade avancé.
L’amélioration de la douleur, du bien-être général, de l’appétit et des nausées a été signalée respectivement par 70 %, 70 %, 60 % et 50 % des patients.

LA GESTION DES DOULEURS

35 études, soit un total de 2 046 patients, ont été effectuées pour analyser les effets des médicaments à base de cannabis sur le traitement de la douleur neuropathique et chronique. Les résultats sont positifs et montrent que le cannabis pourrait être un « analgésique complémentaire non opiacé utile pour les patients souffrants de douleurs provoquées par le cancer ».

LA GESTION DU STRESSE

Une autre étude sur les risques de dépression et d’anxiété réalisée en 2017 a conclu que « l’apparition de la dépression et de l’anxiété chez les patients atteints de douleurs chroniques à qui l’on prescrit des opiacés est plus élevée par rapport à ceux qui reçoivent du cannabis à usage médical. » Des résultats qui devraient être pris en compte quant au choix du type de traitement, en particulier pour les patients à tendance anxieuse et dépressive.

AUTRES

Les auteurs d’une étude contrôlée versus placebo sur 47 patients atteints d’un cancer du poumon avancé ont conclu que le Nabilone, un dérivé synthétique du THC, est une « option thérapeutique adéquate et sûre pour aider au traitement des patients diagnostiqués avec de l’anorexie ».

COMMENT LES (PHYTO) CANNABINOÏDES INHIBERAIENT-ILS LE DÉVELOPPEMENT DU CANCER ?

Les études sur modèle murin ont montré que le THC et le CBD ont des propriétés inhibitrices de la tumeur. GW Pharmaceuticals, un laboratoire pharmaceutique britannique spécialisé dans les médicaments à base de cannabis (Sativex et plus récemment l’Epidiolex), a annoncé le 28 mai 2018 une grande première dans le secteur de la recherche. Le laboratoire dit avoir reçu l’autorisation de l’Office américain des brevets pour une demande concernant l’utilisation du THC et du CBD pour le traitement des gliomes, des tumeurs du système nerveux issues du tissu glial. Les premiers essais cliniques randomisés devraient voir le jour sous peu.
En attendant, selon les études répertoriées sur le modèle murin, l’activation des récepteurs du système endocannabinoïde du type CB1, CB2, mais aussi TRPVR1, GPR55 et TRPM8 semblent jouer un rôle dans l’inhibition des cellules cancéreuses.
Ces études ont révélé que les tumeurs avaient pour beaucoup des niveaux élevés d’endocannabinoïdes. Une question se pose alors : sont-ils là parce qu’ils contribuent à la croissance de la tumeur ou est-ce une façon que le corps a de se déployer pour vaincre le cancer ? Les études ont surtout permis de valider la dernière hypothèse.
Dans le cas d’un cancer colorectal, l’augmentation de la concentration d’endocannabinoïdes active les récepteurs CB1 et entraîne une réduction de la prolifération des cellules cancéreuses. Les cannabinoïdes provoquent la mort des cellules cancéreuses en déclenchant l’apoptose (mort cellulaire programmé). Ils inhibent en même temps leur prolifération et freinent la croissance du cancer et réduisant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui servent à nourrir les tumeurs et à propager des métastases.

ET LE RÔLE DU CANNABIDIOL (CBD)?

Jusqu’à présent, la recherche semble s’être concentrée principalement sur l’action de la molécule THC, responsable de l’apoptose des cellules. Néanmoins, le CBD commence peu à peu à faire son apparition. Bien qu’il ne se lie que faiblement aux récepteurs, contrairement à son homologue le THC, il semble lui aussi favoriser l’apoptose dans les cellules cancéreuses indépendamment de son action sur les récepteurs CB1 et CB2. Son mécanisme d’action n’est pas encore bien compris, mais on suppose qu’il a la capacité de promouvoir la production de radicaux libres dans les cellules cancéreuses, les poussant ainsi à se suicider elles-mêmes.
De la même manière, l’activation des récepteurs cannabinoïdes pourrait entraîner des changements dans le système immunitaire. Elle augmenterait la formation d’agents inflammatoires (cytokines) ainsi que celle des cellules T régulatrices importantes pour les suppressions des processus immunitaires indésirables. En d’autres mots, l’activation des récepteurs cannabinoïdes contribuerait à protéger l’organisme des maladies auto-immunes.
Néanmoins, les études suggèrent que la croissance tumorale serait directement inhibée par les récepteurs CB2 et non pas par la fonction anti tumoral du système immunitaire.

L’EFFICACITÉ DES TRAITEMENTS COMBINÉS

Malgré des résultats très encourageants, la recherche n’a pas encore passé le cap des essais cliniques et il reste trop de questions scientifiques ouvertes pour que le cannabis puisse être envisagé comme un traitement viable contre le cancer.
Cependant, depuis quelques années maintenant, on voit des Institutions gouvernementales et des professionnels de santé conseiller les cannabinoïdes en combinaison des thérapies standards pour soulager leurs effets secondaires et améliorer les chances de rémission.
En conséquence, l’Institut National des Cancers aux États-Unis préconise depuis un peu plus de 2 ans,
 “d’utiliser du cannabidiol (CBD) pour soulager les effets secondaires des chimiothérapies et ainsi améliorer l’appétit, la qualité du sommeil, l’humeur et calmer les douleurs.”

UNE COMBINAISON SOUTENUE PAR LES CHERCHEURS

“L’utilisation des cannabinoïdes après la chimiothérapie entraîne une plus grande induction de l’apoptose.”
Conclusion des chercheurs de l’Université de Londres au Royaume-Uni qui soutiennent l’importance de cette combinaison. Leurs recherches sur des cellules leucémiques suggèrent que le THC et le CBD combinés avec des médicaments anti-leucémiques courants (cytarabine et vincristine) permettent de réduire considérablement la dose des agents cytotoxiques, tout en restant efficace.
L’importance de la combinaison des thérapies est également soulevée par les recherches de la Dre Christina Sanchez, biologiste moléculaire espagnol. Ses résultats, sur modèle murin, montrent que les chances de rémission sont améliorées en présence d’un mélange d’extraits de cannabis sativa L. riche en THC avec les thérapies standards.
Un extrait de cannabis enrichi à la fois en THC et en CBD a amélioré la survie des patients avec un glioblastome récurrent (une tumeur cérébrale particulièrement agressive) si administrée avec la thérapie standard. Ce sont les résultats d’une étude réalisée par le laboratoire GW Pharmaceuticals sur 21 patients tirés au sort. 
83 % des patients traités avec des cannabinoïdes ont survécu la première année contre 53 % pour le groupe placebo. Le communiqué de presse indique que le laboratoire GW Pharmaceuticals a « mené des recherches oncologiques précliniques substantielles avec plusieurs cannabinoïdes, sur diverses formes de cancer, notamment le cerveau, le poumon, le sein, le pancréas, le mélanome, l’ovaire, l’estomac, le rein, la prostate et la vessie ».

THÉRAPIES STANDARS ET CANNABINOÏDES, MAIS PAS QUE

Afin de multiplier les chances de rémissions, il semble important que d’autres options soient envisagées en plus des thérapies standards.
Bien qu’il soit pratiquement impossible de proposer des conseils généraux, les scientifiques supposent par exemple qu’environ 30 à 50 % des cancers sont dus à une mauvaise alimentation. Il semble donc important d’être attentif à la qualité des aliments que nous ingérons et de l’eau que nous buvons. Notre alimentation doit être variée, qualitative avec un taux élevé d’ingrédients végétarien et une faible quantité de graisses animales. Il est important d’éviter le plus possible le sucre et de privilégier des aliments biologiques, sans pesticides, sans fongicides, sans antibiotiques ou encore sans hormones.
Notre hygiène de vie rentre également en compte : l’activité physique régulière, le sommeil, la gestion et la réduction du stress et même l’optimisme sont des données quotidiennes qui comptent.
@Article écrit par Kim Bercet, responsable communication.
SOURCES

Un article rédigé par Kim Bercet.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *