Effets des cannabinoïdes sur l’organisme

Les cannabinoïdes naturels du cannabis agissent sur l’orga-nisme de manière similaire aux endocannabinoïdes, substances endogènes qui exercent une multitude de fonctions dans le corps humain. Ces endocannabinoïdes (du grec endo qui signifie dedans) ou cannabinoïdes endogènes se retrouvent chez les êtres humains, ainsi que chez les vertébrés (mammifères et oiseaux) et un grand nombre d’autres animaux. Les canna-binoïdes naturels, tout comme les endocannabinoïdes, se lient à des sites spécifiques présents à la surface de nombreuses cellules pour déclencher les effets connus. Ces sites spécifiques sont appelés les récepteurs cannabinoïdes. Ensemble, les endocannabinoïdes et les récepteurs cannabinoïdes forment le système cannabinoïde endogène (ou endocannabinoïde) qui joue un rôle important, notamment dans la régulation de l’appétit, dans la perception des informations sensorielles ou celles relatives à la douleur ainsi que dans la coordination des mouvements.

Récepteurs cannabinoïdes

En 1987, il a été démontré pour la première fois que la plupart des effets attribués aux cannabinoïdes sont dus à leur liaison à des récepteurs spécifiques. Les récepteurs canna-binoïdes identifiés à ce jour, les récepteurs cannabinoïdes de type I (CB1) et de type II (CB2), se situent principalement sur les membranes des cellules du cerveau et de la moelle épinière. Ils sont également présents sur les cellules du coeur, de l’intestin, des poumons, des voies urinaires, de l’utérus, des testicules, des glandes internes, de la rate et des globules blancs. Selon l’endroit où se trouvent ces récepteurs, leur activation va provoquer des effets très différents, par exemple une inhibition des voies nerveuses véhiculant la douleur, une inhibition du processus inflammatoire, une modification de la perception du temps, un sentiment d’euphorie ou beaucoup d’autres effets.

Endocannabinoïdes

Le premier cannabinoïde endogène a été découvert en 1992. Il a été baptisé anandamide, du sanscrit ananda qui signifie bonheur suprême et amide, du fait de sa structure chimique. Plus tard, d’autres endocannabinoïdes ont été isolés, mais les noms qui leur ont été donnés sont moins poétiques et se rapportent davantage à la chimie. Par exemple : 2-arachidonoyl glycérol (2-AG) et éther de noladine. Les endocannabinoïdes font partie des substances qui jouent un rôle de messagers naturels. Ils transmettent des informations concernant l’état de l’organisme aussi bien dans le cerveau que dans d’autres organes, provoquant ainsi des réactions au niveau des cellules. Ils appartiennent au groupe des principaux neurotransmetteurs d’inhibition et jouent un rôle important, par exemple comme frein à la libération excessive de glutamate dans le cerveau lors d’un manque d’approvisionnement en oxygène de ce dernier. C’est la raison pour laquelle, au stade actuel des recherches, l’une des principales fonctions attribuée aux endocannabinoïdes est la fonction protectrice des cellules nerveuses. D’autres neurotransmetteurs agissent sous l’influence des endo-cannabinoïdes comme les GABA, la glycine, la noradrénaline, la sérotonine, la dopamine, l’acétylcholine ainsi que les neuropeptides (enképhaline et endorphine). Souvent, les propriétés médicales du cannabis s’expliquent par l’effet interactif de ces messagers. Par exemple, l’inhibition de la libération de la sérotonine calme les nausées et les vomis-sements et l’influence exercée par les endocannabinoïdes sur l’acide GABA et sur l’acétylcholine est bénéfique dans le traitement de troubles neuromusculaires comme les spasmes ou les crampes.

Comment le système endocannabinoïde se modifie-t-il lors d’une maladie ?

Au cours de certains troubles physiques, la production moyenne d’endocannabinoïdes et de récepteurs aux canna-binoïdes augmente afin de compenser le déséquilibre. Ainsi, la concentration en anandamide augmente dans certaines régions cérébrales, responsables de la gestion de la douleur, afin de calmer ces dernières. Dans le cas de sous-alimentation, cette production s’accroît également pour mieux stimuler l’appétit. Des recherches menées sur des animaux ont démontré que la quantité d’anandamide dans l’intestin se multipliait si les animaux étaient privés de nourriture pendant un certain temps, et que ce taux se normalisait à nouveau s’ils se réalimentaient suffisamment. Il a également été mis en évidence que la production d’endocannabinoïdes dans l’organisme se multipliait lors de crampes musculaires, manifestement pour calmer ces contractions douloureuses. Dans le cas de douleurs causées par des névrites ou des inflammations chroniques de l’intestin, le nombre de récepteurs aux cannabinoïdes avait également augmenté considérablement.

Le système endocannabinoïde s’adapte donc aux situations liées à une manifestation pathologique. Une telle multiplication du nombre de récepteurs aux cannabinoïdes dans certaines parties du corps et au cours de certaines maladies peut avoir pour résultat une meilleure efficacité des cannabinoïdes naturels exogènes. C’est la raison pour laquelle les fonctions naturelles du système endocannabinoïde sont sérieusement étudiées depuis plusieurs années, avec l’espoir de trouver de nouveaux médicaments issus grâce à une meilleure compréhension de ce système complexe.

Autres effets

Certains effets des cannabinoïdes ne résultent pas de l’activation des récepteurs cannabinoïdes, mais sont le produit d’autres mécanismes. Par exemple, les cannabinoïdes, tout comme les vitamines C et E, sont des capteurs puissants de radicaux libres. Les radicaux libres sont des molécules hautement réactives capables de provoquer des lésions cellulaires.

De même, certains produits de dégradation biochimique du THC possèdent des propriétés médicales très intéressantes. Alors que les activités exercées sur l’organisme par le 11-hydroxy-THC et le THC sont comparables, celle du 11- nor-9-carboxy-THC (THC-COOH) est différente. Cette substance est recherchée dans les urines des automobilistes et des sportifs soupçonnés d’avoir consommé du cannabis.
Le mécanisme de l’action anti-inflammatoire et analgésique du THC-COOH est comparable à celui de l’acide acétyl-salicylique (aspirine). Il agit par inhibition de l’enzyme cyclooxygénase. Cependant, le THC-COOH agit plus spéci-fiquement, c’est-à-dire sans provoquer les effets secondaires de l’aspirine, tels que les troubles gastriques ou rénaux. Le THC-COOH se lie également faiblement aux récepteurs CB1. D’une manière générale, les produits de dégradation biochimique des cannabinoïdes issus du cannabis contribuent à l’ensemble des propriétés médicales recherchées.

Développement de nouveaux médicaments

Des recherches sont en cours ayant pour objet de tester l’intérêt thérapeutique, non seulement du cannabis naturel et de certains cannabinoïdes, mais également de nombreuses autres substances qui, chacune à leur manière, exercent une influence soit sur les récepteurs cannabinoïdes, soit sur le taux d’endo-cannabinoïdes de l’organisme.
Voici les principales idées qui guident actuellement ces recherches :

  • Poursuivre la voie, déjà empruntée avec succès, concernant l’utilisation des cannabinoïdes, naturels ou synthétiques, en vue de l’activation les récepteurs cannabi-noïdes. À ce sujet, les recherches se tournent maintenant vers la question de savoir comment améliorer la tolérance. Il est prouvé par exemple que le cannabidiol (CBD) atténue les effets psychoactifs du THC, et de ce fait, son association pourrait améliorer l’effet général de ce dernier. À ceci s’ajoutent des études qui suggèrent une association appropriée entre le cannabis et d’autres médicaments. Les effets peuvent s’améliorer par synergie. Il est également probable que des cannabinoïdes synthétiques ne traversant pas la barrière hématoencéphalique soient développés pour que leur champ d’action ciblée ne touche pas le cerveau. Ainsi, ils ne pourront pas provoquer d’effets secondaires psychotropes.
  • Mener des recherches et développer des cannabinoïdes sans effet psychotrope. Certains cannabinoïdes synthétiques, comme le dexanabinol ou l’acide ajulémique, ne modifient pas l’état de conscience, tout en offrant des propriétés anti-inflammatoires, analgésiques ou neuroprotectrices. En parallèle, il est probable que l’intérêt de l’industrie pharmaceutique porte moins sur le cannabidiol naturel (CBD), qui offre pourtant les trois mêmes propriétés thérapeutiques que le THC, c’est-à-dire celles de calmer les inflammations et les douleurs, ainsi que de protéger les nerfs. Pour être efficace, le CBD doit néanmoins être administré quotidiennement à des dosages élevés.
  • Augmenter la concentration des endocannabinoïdes de l’organisme par des substances agissant soit au niveau de leur dégradation biochimique, soit au niveau de leur transfert cellulaire. Le principal avantage de tels procédés, comparés à ceux d’un apport exogène de cannabinoïdes, pourrait être d’obtenir des effets thérapeutiques dans une partie du corps où la production d’endocannabinoïdes est déjà fortement stimulée.
  • Envisager une éventuelle utilisation thérapeutique d’inhibiteurs des récepteurs cannabinoïdes (antagonistes). Puisque les cannabinoïdes causent parfois des troubles accrus de la mémoire et des crises d’angoisse, il est possible de concevoir d’utiliser leurs antagonistes pour traiter ces symptômes ainsi que de les utiliser pour leur effet anorexigène. Les antagonistes des récepteurs cannabinoïdes inhibent l’effet des endocannabinoïdes. Par exemple, un antagoniste aux récepteurs CB1, le rimonabant, fût disponible dans certains pays européens pour le traitement de l’obésité, mais fût retiré du marché à cause de ses effets secondaires psychologiques potentiellement graves (principalement anxiété et idées suicidaires).

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