Contre-indications et précautions d’emploi

En médecine, on distingue les contre-indications absolues qui indiquent que certains médicaments sont à proscrire absolument et les contre-indications relatives qui préconisent un médicament seulement sous certaines conditions.

Contre-indications absolues

Le THC et le cannabis sont à proscrire en cas d’allergie au cannabis, bien que cette dernière soit un phénomène rare. Cependant, des réactions allergiques à d’autres composants du cannabis, comme le pollen, peuvent se produire.

Contre-indications relatives

Parmi les contre-indications relatives d’une thérapie à base de produits issus du cannabis figurent les troubles psychiatriques graves, principalement la psychose schizophrénique, à cause d’une possible aggravation des psychoses. En particulier chez les jeunes patients, les cannabinoïdes doivent être utilisés avec précaution. Le cannabis peut néanmoins présenter des effets bénéfiques pour certaines personnes atteintes de graves troubles psychologiques comme les troubles bipolaires (maniaco-dépression).
Pour les femmes enceintes ou qui allaitent les produits issus du cannabis doivent être utilisés avec réserve. Les éventuels risques sur la santé des nouveaux nés sont faibles. Néanmoins toute consommation de médicaments ou de drogues doit être évitée pendant la grossesse et le temps de l’allaitement. En revanche, pour traiter les vomissements de la grossesse, la perte d’appétit ou d’autres symptômes répondant positivement aux produits issus du cannabis, je conseillerais cependant un traitement à base de cannabis approprié à chaque patiente. Dans ces cas précis, le cannabis et le Dronabinol apportent un bénéfice thérapeutique. Cette utilité pour la santé prévaut probablement sur les risques minimes encourus par le foetus.

Un chercheur du Département de Neurologie de l’université du Michigan, États-Unis, a présenté le cas d’une femme, âgée de 24 ans et atteinte d’un trouble hyperkinétique des mouvements rare dû à un dysfonctionnement cellulaire (cytopathie mitochondriale) qui utilisait des produits issus du cannabis. L’usage de cannabis fumé, ainsi que de Dronabinol administré oralement (5 mg trois fois par jour), se sont avérés efficaces. Elle présentait une tumeur, une dystonie généralisée et un trouble kinétique moteur. Elle avait de la difficulté à maintenir son poids au dessus de 36 kg principalement dû à la dépense calorique liée aux mouvements hyperkinétiques combinés à une perte modérée de l’appétit.

À l’âge de 26 ans, elle est devenue enceinte. Du Dronabinol (THC) a été utilisé comme moyen de contrôle des mouvements hyperkinétiques involontaires et pour favoriser la prise de poids pendant la grossesse. Les autres médicaments qui auraient pu être utilisés étaient contre-indiqués pendant la grossesse. Elle constata l’amélioration de ses troubles grâce à l’usage régulier de Dronabinol, sans présenter de signes de tolérance ni de besoins d’augmenter la dose. Le Dronabinol s’est avéré efficace sur la stimulation de l’appétit et la prise de poids. Durant sa grossesse, elle a finalement pris 20 kg durant sa grossesse et accouché d’un bébé en bonne santé ne présentant aucune complication (Farooq, 2009).

Dans le cas d’une maladie du coeur, comme l’artériosclérose coronaire (coronaropathie), de troubles faisant suite à un infarctus du myocarde, de troubles du rythme cardiaque ou d’insuffisance cardiaque, il faut éviter des doses élevées. En règle générale, des effets nocifs sur le système cardio-vasculaire n’apparaissent pas lorsque le dosage reste modéré, compris entre 5 et 15 mg de THC. Toutefois, certaines personnes réagissent à partir d’un dosage très faible. Par exemple, une personne qui, en marchant un à deux kilomètres, ressent déjà des douleurs au niveau du coeur ou qui observe des troubles de la circulation sanguine, doit être très vigilante si elle décide d’entreprendre une thérapie à base de produits issus du cannabis.

Les patients âgés sont parfois plus sensibles aux effets psychotropes du cannabis. Ainsi, il n’est pas rare que des effets psychiques désagréables apparaissent déjà après une seule prise à un dosage relativement faible de 2,5 à 5 mg de THC. La faculté de conduire des machines ou des véhicules est fonction de la dose et de la personne. Pour cette raison, il est conseillé de prendre des précautions particulières jusqu’au moment où la personne maîtrise l’intensité des effets et leur évolution. La tolérance à la thérapie est atteinte lorsque le patient peut reprendre des activités sans encourir de risque lié au traitement.

Chez des patients atteints de la chorée de Huntington (chorée rhumatismale), une dégradation passagère de l’état du patient peut être observée à la suite d’une consommation de THC ou de cannabis. C’est ce qu’a révélé une étude conduite à la faculté de médecine de Hanovre (Allemagne). Dans cette étude, les symptômes d’une patiente se sont considérablement aggravés après une prise unique de nabilone (Müller-Vahl, 1999). En revanche, dans un autre cas, le nabilone s’est avéré bénéfique sur cette maladie (Curtis, 2006).

Deux études épidémiologiques réalisées en France et aux États-Unis ont montré que l’usage régulier de cannabis pourrait augmenter le risque de fibrose du foie chez des patients atteints du virus de l’hépatite C (Ishida, 2008 ; Hezode, 2005). D’un autre côté, le cannabis pourrait réduire les effets secondaires et améliorer l’efficacité des médicaments habituellement utilisés pour le traitement de ce virus (Sylvestre, 2006). Cela indique que l’utilisation de cannabinoidoïdes pour le traitement de cette affection doit être bien évaluée, notamment au niveau de la balance bénéfice/risque.