Voici quelques conseils pratiques sur l’utilisation médicale du cannabis et du Dronabinol. Comme beaucoup des articles publiés sur ce site, ils sont issus du livre  Cannabis en Médecine du Docteur F. Grotenhermen, actuellement unique ouvrage en français traitant scientifiquement de l’usage médical des cannabinoïdes.

Ces conseils sont issus d’une part de résultats de mes propres expériences, acquis grâce au travail auprès de nombreux patients et de médecins. D’autre part, ils proviennent de la littérature scientifique et de témoignages d’autres personnes ayant des compétences dans ce domaine. Par exemple, je ne suis pas expert dans les domaines de la culture, des modes de transformation et de la préparation du cannabis. Les connaissances d’autres personnes m’ont été très précieuses dans l’élaboration des chapitres consacrés à ces domaines précis.

Manger et boire du cannabis

Pour une meilleure utilisation thérapeutique du cannabis administré par voie orale, il est conseillé de chauffer ce dernier afin de transformer le THC sous forme d’acide non actif, en THC phénolique actif. Cette réaction biochimique est appelée la décarboxylation, du nom des acides THC qui sont des acides carboxyliques. Or la cuisson détruit également une partie du THC par oxydation. C’est pourquoi, il est essentiel de choisir la température et le temps de cuisson les plus appropriés. De plus, si le cannabis est chauffé sans précaution au-delà de 140°C, l’évaporation des cannabinoïdes commence à se produire.
Des recherches expérimentales ont été conduites par le service régional de chimie et le service national de médecine vétérinaire de Münster (Allemagne) avec l’aide de l’Institut fédéral de la santé publique, de la protection des consommateurs et de la médecine vétérinaire, ayant pour objet de déterminer les meilleures conditions de décarboxylation du THC. Les essais ont permis de varier des facteurs comme la nature du solvant, la température et le temps de cuisson. Aucune recette satisfaisante unique n’a pu être déterminée car, à une température supérieure à 75°C, parallèlement à la transformation des acides THC en THC phénolique, ces derniers sont également dégradés. Si la température est inférieure à 75°C, le processus dure près de quarante-huit heures. Dans ce cas, aucun essai approfondi n’a encore été mené.

Le professeur Brenneisen (Suisse) a suggéré que les conditions optimales de décarboxylation consistaient à chauffer le THC pendant cinq minutes à une température comprise entre 200°C et 210°C. Ainsi, le THC ne s’oxyde quasiment pas. Le principe est le suivant : lorsque la température est basse, il faut plus de temps pour la décarboxylation ; lorsque la température est élevée (comme c’est le cas à l’extrémité allumée d’une cigarette de cannabis) quelques secondes suffisent.

Dans les variétés de chanvre cultivées en Europe centrale, plus de 90 % de la teneur en THC sont présents sous forme d’acides THC non actifs. Dans les variétés issues des régions situées plus au sud et plus chaude, par exemple le Maroc ou l’Inde, le THC phénolique actif est déjà présent dans la plante à plus de 30 %. C’est la raison pour laquelle, en Inde, des boissons froides préparées à partir de feuilles de cannabis (bhang) sont déjà très bénéfiques.

La concentration en THC phénolique peut être encore plus élevée dans la résine de cannabis, ou le haschich. Ainsi, certaines analyses ont révélé des taux pouvant atteindre entre 15 et 65 %. C’est pourquoi le haschich ingéré tel quel peut également offrir d’importants effets, bien qu’en règle générale, ce soit la chaleur qui permette d’augmenter l’effet recherché.
Conseil pratique:

Si le cannabis est chauffé sans précaution préalable, la température à l’intérieur du four ne doit pas dépasser 130°C, afin de procéder au processus de décarboxylation sans évaporation des cannabinoïdes. Malheureusement, aucune indication n’est disponible à ce jour sur le temps de cuisson idéal. Je crois qu’il ne faut pas prolonger la cuisson plus de vingt à trente minutes.
Pour éviter l’évaporation des cannabinoïdes, il est possible de protéger les feuilles en les immergeant, une fois émiettées, dans de la graisse fondue ou de l’huile. Ainsi, le THC est retenu dans la matière grasse et ne peut plus s’évaporer aussi facilement. Par exemple, on peut chauffer un peu de graisse dans une poêle avant d’ajouter le cannabis (marijuana ou haschich). Il est conseillé d’utiliser un produit à point d’ébullition élevé, par exemple les matières grasses solides qui durcissent au réfrigérateur, telles que l’huile de palme ou l’huile de coco (point d’ébullition entre 260°C et 290°C contrairement à celui du beurre qui est de 150°C). Concernant la température, il est possible de se repérer à celle recommandée pour la cuisson des frites et des beignets, c’est-à-dire entre 175°C et 190°C. Si vous ne possédez pas de thermomètre spécifique, voici une astuce très simple, bien connue dans le monde des chefs cuisiniers : placez le manche d’une cuillère en bois dans l’huile chaude. Quand des bulles commencent à se former rapidement le long du manche, l’huile est à la bonne température. Attention aux éclaboussures quand vous ajoutez le cannabis. Un temps de cuisson de 5 à 10 minutes est alors suffisant. De cette manière, les conditions optimales suggérées par le professeur Brenneisen sont quasiment remplies. Pour consommer l’huile ainsi fabri-quée, il est possible de l’ajouter à un yaourt parfumé ou à du lait chocolaté.

Une autre recette facile est celle des Roses des Sables au cannabis et au chocolat. Pour la réaliser, il suffit d’ajouter le cannabis dans du chocolat fondu. Intégrer dans cette crème des pétales de Corn Flakes ou d’autres flocons (flocons d’avoine ou préparation pour muesli), déposer ce mélange sur une plaque et laisser durcir. Seulement l’utilisation de haschich, dont le THC a déjà subi la transformation par décarboxylation, est conseillée ici.

La confection de truffes au cannabis et au rhum permet de bien doser le produit. Voici la recette : faire macérer toute une nuit 100 g de raisins secs hachés dans 2 à 3 cuillères à soupe de rhum. Mélanger dans un saladier 200 g de sucre glace et 200 g de chocolat pâtissier râpé. Faire fondre dans une casserole 100 g d’huile de coco solide et ajouter 5 g de haschich émietté ou d’herbe de cannabis hachée finement. Faire bouillir le tout pendant cinq minutes (voir au-dessus). Laisser tiédir ce mélange avant de l’ajouter dans le saladier avec le chocolat et le sucre glace. Essuyer la casserole avec les raisins secs au rhum afin de récupérer les restes de graisse et de cannabis pour les ajouter dans le saladier. Bien mélanger le tout et laisser durcir dans le réfrigérateur jusqu’à obtention d’une pâte facile à travailler. Il ne reste plus qu’à former des petites boules et à les rouler dans 200 g de chocolat râpé. Si vous formez 50 truffes, chacune contiendra 0,1 g de cannabis.

En règle générale, pour confectionner des gâteaux au cannabis, il suffit de suivre les recettes traditionnelles des gâteaux et petits biscuits de Noël.

Inhalation du Dronabinol

Certains appareils conçus spécialement pour l’évaporation (ou vaporisation) et l’inhalation du cannabis permettent également d’inhaler du Dronabinol. Il est alors préférable que votre pharmacien vous propose une préparation à base d’alcool plutôt que du Dronabinol dissout dans de l’huile comme c’est habituellement le cas. Les gouttes qui contiennent le Dronabinol, introduites dans le réservoir de l’appareil, s’évaporent à la température conseillée, entre 160 °C et 200 °C, et peuvent ainsi facilement être inhalées.

Conseil pratique:

Un patient m’a rapporté une technique très simple pour inhaler la solution de Dronabinol à base d’alcool, sans avoir recours à un appareil spécifique. Il utilise une pipe dans laquelle il a glissé préalablement une grille fine. Il y verse deux gouttes de la solution à base de Dronabinol et les chauffe à l’aide d’un briquet. Il inhale en même temps qu’il chauffe la solution. « Je pratique toujours la technique de pyrolyse avec un briquet, la plupart du temps avec deux gouttes de Dronabinol dans une pipe normale, dans laquelle j’ai disposé une petite grille en acier servant de support aux gouttes. Cette technique fonctionne toujours sans provoquer de complications, comme la bronchite. Au bout de quelques mois, un dépôt résineux se forme à l’intérieur de la pipe, comme dans une pipe à haschich», a-t-il expliqué dans un courrier.

Préparation de teinture à base de cannabis

Les conseils du Dr Manfred Fankhauser, docteur en pharmacie en Suisse, se basent sur d’anciennes formules de préparation de médicaments. La préparation de teinture est idéale si on ne possède pas d’équipement pharmaceutique spécifique. Prendre dans votre pharmacie entre 3 et 5 parts d’alcool (par exemple eau de vie ou alcool éthylique de 40 à 70 %) et 1 part de feuilles ou de fleurs de cannabis (par exemple 25 g de cannabis pour 100 ml d’alcool). Laisser reposer environ 10 jours dans un lieu à l’abri de la lumière et de la chaleur. Secouer le mélange de temps en temps. Filtrer à l’aide d’une passoire. Conserver toujours la teinture ainsi obtenue dans un endroit sombre et frais (par exemple dans le réfrigérateur) afin de préserver les principes actifs pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Voici une autre recette : émietter le cannabis et le déposer dans un bocal. Couvrir entièrement d’alcool (alcool éthylique entre 96 à 99 %, disponible en pharmacie). Faire reposer une semaine dans un endroit frais et à l’abri de la lumière en secouant le bocal quotidiennement. Filtrer à l’aide d’un filtre à café ou d’un morceau de tissu. Presser au maximum les gouttes d’alcool restées dans le matériel végétal. Il est possible de répéter ce geste plusieurs fois, au moins une fois, mais deux fois valent mieux. Remettre le cannabis dans le bocal et recouvrir de nouveau d’alcool. Verser ensuite l’alcool devenu vert dans une assiette creuse et la poser dans un endroit tempéré et aéré afin de faciliter l’évaporation de l’alcool et d’augmenter ainsi la concentration des cannabinoïdes de la teinture. Cela peut prendre dix jours. Une fois que l’alcool s’est suffisamment évaporé, verser la teinture dans une bouteille équipée d’un bouchon compte-gouttes.

Conseil pratique:

Pour obtenir de l’huile de cannabis, il faut laisser évaporer tout l’alcool jusqu’à obtention d’une sorte de pâte sombre (ressemblant à du goudron). Il est possible de poser le bocal dans un endroit chaud afin d’accélérer le processus. Il est déconseillé de l’exposer directement aux rayons du soleil, car ces derniers détruiraient rapidement le THC, et de le chauffer afin d’éviter que l’alcool ne s’enflamme. La concentration en THC de cette huile peut atteindre entre 20 et 50 %.

Et si les troubles s’intensifient ?

Il arrive parfois que l’intensité des troubles ou des symptômes ne diminue pas, et qu’au contraire, elle augmente. Ainsi, chez certaines personnes, les produits issus du cannabis peuvent provoquer des nausées. Chez certains patients souffrant de douleurs, le mal peut empirer et chez quelques patients SEP, les spasmes peuvent s’intensifier provisoirement.

L’action des produits dérivés du cannabis dépend également de l’état du système cannabinoïdes endogène de l’organisme. De plus, entre le système cannabinoïde endogène et d’autres systèmes internes, diverses interactions se produisent, provo-quant l’inhibition ou la stimulation de ces derniers et qui, selon l’état initial de ces systèmes, peuvent avoir des réactions très différentes. Selon mes expériences, toutes les personnes chez qui une première consommation de cannabis a provoqué des nausées, ont continué à réagir de cette manière. Par conséquent, l’administration de cannabis dans ces cas n’est pas conseillée. Il en va de même lors de certaines douleurs qui s’intensifient à la suite du traitement. J’ai également rencontré quelques cas, dont un patient consommateur de cannabis atteint d’une lésion au niveau de l’épaule qui a observé avec étonnement que ses douleurs s’intensifiaient sous l’influence du cannabis. Des observations identiques ont été faites lors de fortes douleurs chez des paraplégiques. Dans ces cas, il s’agit de douleurs dites neuropathiques induites par des lésions nerveuses, dont les traitements à base de produits issus du cannabis sont généralement très bénéfiques. En revanche, il peut en être autrement avec l’effet sur la spasticité. Quelques personnes concernées m’ont confié que dans leur cas, l’effet était fonction du dosage. C’est au cours de la phase d’essai qu’ils ont finalement trouvé le dosage idéal avec lequel l’intensité des spasmes diminuait de manière satisfaisante.

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